MAYOTTE : Au-delà du 29 mars !
Mayotte est une petite île française, coincée dans le canal de Mozambique entre la côte est de l’immense continent africain et la grande île de Madagascar.
Le dimanche 29 mars, les Mahorais se sont levés comme un seul homme, et d’une seule voix, ont dit « OUI » à plus de 95% à la départementalisation de leur île.
Il convient au passage de souligner et de saluer la maturité de la classe politique locale lors de cette consultation. Pour la première fois en effet, avec sincérité ou peut-être juste par calcul électoraliste, tous les dirigeants politiques ont laissé de côté leurs ego surdimensionnés, oublié pendant quelques semaines leurs querelles puériles, les haines et les mépris qu’ils se vouent les uns envers les autres, pour ne penser qu’aux intérêts de Mayotte. Compte tenu de l’enjeu, ils avaient compris que la population ne pardonnerait aucune hésitation et aucun faux pas.
Certains esprits départementalo-sceptiques continuent de penser que la population a voté sans réellement comprendre ce qu’elle choisissait, mais obnubilée uniquement par les avantages notamment sociaux qu’elle compte en tirer. Ces derniers interprètent le fabuleux score de la consultation comme un souhait explicite d’assistanat encore plus soutenu avec la mise en place de toute la batterie de mesures sociales existantes en métropole. Sans entrer dans une polémique stérile, nous rappelons que les Mahorais ne demandent pas la mise en place de nouvelles aides sociales spécifiques, à inventer spécialement pour leur île, mais seulement l’extension dans un délai raisonnable (moins de 10 ans par exemple !) de dispositifs déjà en vigueur sur tout le territoire national. Mayotte peut le revendiquer sans complexe et sans honte ! Il paraît tout à fait incompréhensible en effet de demander à la population d’accepter toutes les contraintes du nouveau statut et dans le même temps de la stigmatiser dès qu’elle fait allusion aux avantages sous-jacents!
Les 95% sont la confirmation d’un choix souvent incompris, fruit d’un combat, faut-il le rappeler, aussi harassant qu’interminable. Donc s’il y a un peuple qui a bien intégré que rien n’aboutit sans effort intense et grand investissement, c’est bien le peuple mahorais. Les 95% signifient alors que les Mahorais ont pleinement conscience du challenge qu’impose un tel choix de société, et surtout acceptent de relever avec optimisme et sérénité ce grand défi.
Au-delà des calculs matérialistes, le vote des Mahorais constitue également une adhésion à un système de valeurs, de pensées, plus particulièrement à des idéaux de justice, d’égalité et de fraternité.
Depuis le 30 mars 2009 chaque mahorais doit se demander ce qu’il peut faire pour la réussite de cet ambitieux projet. Parallèlement, aucun mahorais ne doit accepter sans rien dire d’être la victime ou le spectateur indifférent d’une situation inique voire illégale, telle qu’une gestion « tribale » des affaires publiques avec tout son lot de folklore (recrutements par copinage dans les établissements publics, licenciement abusif pour délit de sale gueule, attributions douteuses de marchés publics etc…). Chaque mahorais a le devoir de veiller à ce que ces pratiques d’une autre époque disparaissent définitivement de leur charmante île. D’ici 2011, les tentations peuvent être très grandes, (« destockages massifs » avant fermeture oblige !). Et c’est en fermant les yeux et la bouche que nous devenons complices et encourageons ces pratiques quasi mafieuses. Il existe une justice, et chaque fois que nécessaire, elle doit être saisie pour clarifier, rappeler les choses et sanctionner si nécessaires.
Loin de demeurer l’apanage de quelques (pseudos ?) experts, le département de Mayotte est d’abord le projet et la responsabilité de toute la population.